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Rôle parental

Histoires de nos parents


Cette histoire touchante concernant la relation entre une mère et sa fille a été écrite par Joy Doyle, membre appréciée du personnel de la Société d’aide à l’enfance de Peel pendant neuf ans. Dans son rôle d’administratrice d’unité dans notre département de services à la famille, Joy fournit un soutien administratif à 5,5 équipes de travailleurs préposés aux services à la famille et à six superviseurs de travail social. Joy a partagé ses émotions lors de la Journée nationale des Autochtones, parce qu’elle souhaitait honorer et valider sa fille autochtone de 27 ans, Tina, dans le cadre d’une journée qui est extrêmement importante pour elle. L’expérience de Joy rappelle aux parents, et même aux personnes sans enfant, que nous devons essayer de tirer des leçons de nos différences, de les comprendre et de les célébrer. Ce faisant, nous bénéficions de relations saines et satisfaisantes, et nous encourageons nos enfants à atteindre leur plein potentiel.

Tina et moi : apprendre l’une de l’autre
De Joy Doyle

Pendant ma jeunesse, j’ai rencontré et épousé un autochtone de la réserve indienne Tyendinaga, située à Shannonville, entre Belleville et Napanee, en Ontario. Nous avons eu deux belles filles avant de nous séparer. Pendant mon mariage, j’ai appris beaucoup de choses sur la culture autochtone dans notre pays. J’ai surtout appris qu’une grande partie de la culture était liée à des problèmes d’alcoolisme, de violence familiale et de violence envers les enfants. Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre que beaucoup de ces problèmes étaient considérés comme étant une situation normale au sein d’une famille autochtone. Et la famille de mon mari ne semblait pas pouvoir passer par-dessus. Toutefois, j’ai passé beaucoup de temps avec un certain nombre d’oncles et de tantes plus âgés de la famille, et j’ai été horrifiée par leurs histoires des pensionnats.

Les Autochtones étaient retirés des réserves par le gouvernement du Canada et envoyés dans des pensionnats, où ils n’avaient pas le droit de parler leur propre langue et où ils étaient battus pour la moindre infraction. Non seulement la violence physique régnait-elle, mais également la violence sexuelle. Ils ont perdu leur langue et n’ont pas pu la transmettre à la prochaine génération. On leur disait qu’ils devaient devenir civilisés et ils n’ont pas appris les habiletés de chasseur et de trappeur qui constituaient une partie si importante de la vie de leurs parents. On leur enseignait qu’ils étaient sales et paresseux, et que leur seule chance était d’apprendre à devenir blancs.

Les effets des pensionnats sont encore visibles dans la génération actuelle d’enfants autochtones. Mon aînée paraît très blanche et a donc pu s’intégrer à l’école et à se faire des amis sans problèmes. Ce n’était pas le cas avec ma plus jeune. Tina ressemble à son père : une magnifique peau brune et des cheveux si noirs qu’ils semblent bleus sous la lumière du soleil. Lorsqu’elle était petite, Tina était la lumière de ma vie. Elle se réveillait toujours avec le sourire. Plus Tina vieillissait, plus elle s’intéressait à sa moitié autochtone. Plus elle apprenait, plus elle adoptait les torts faits à ces ancêtres autochtones. Je mentirais si je disais que je comprenais ce qui lui arrivait. Je n’ai jamais dû faire face au racisme chaque jour de ma vie; c’est pourtant ce qui est arrivé à Tina. Je lui disais de ne pas s’en faire, parce que les gens étaient ignorants, mais je n’ai jamais accordé autant d’attention à la situation que j’aurais dû le faire.

Je ne comprenais pas à quel point cela l’affectait et comment cela l’acculait à l’échec. À la place, je me suis sentie blessée lorsqu’elle a abandonné ses études secondaires pendant son dernier trimestre pour aller rejoindre le père qu’elle n’avait pas vu depuis dix ans. J’aurais dû garder les voies de communication beaucoup plus ouvertes. Tina s’est perdue dans ce monde, et après avoir vécu avec son père pendant un certain temps, elle est revenue dans la région de Toronto, où elle s’est impliquée dans la culture autochtone. Ce n’est pas toujours très beau. Tina était en colère contre moi parce que je ne comprenais pas ce qui la blessait, et j’étais en colère contre elle parce qu’elle disait que j’étais une femme blanche qui ne comprendrait jamais.

Une fois que j’ai passé par-dessus les blessures et le choc ressenti parce qu’elle me considérait comme étant intolérante, j’ai commencé à me renseigner davantage sur les sujets qui l’affectaient. Tina est toujours une belle jeune fille autochtone. Elle a appris beaucoup de choses sur son héritage autochtone. Tina crée de magnifiques bijoux en perles, peut confectionner des mocassins, assouplir une peau, poser des perles sur du cuir et peindre des tableaux autochtones abstraits. Elle passe beaucoup de temps avec les aînés de sa communauté, à faire le ménage et à les aider à s’occuper d’eux-mêmes quotidiennement. Tina n’est plus en colère contre moi parce que je suis blanche, et je comprends toujours plus de choses concernant les blessures qui découlent du fait d’être autochtone dans un pays qui n’accorde toujours que peu de valeur à cette population. Je suis heureuse que Tina ait maintenant un sentiment d’appartenance et ne se sente plus comme une intruse. Nous avons fait beaucoup de chemin pour rebâtir notre relation mère-fille.